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ANNIE, ROBERT et les autres.

Date : 21/05/98

A : Tous les miens

De : Loupapet

Constat : Pourquoi ignore-t-on auparavant, que la vie est si courte ?

Il n'y a que de la vie dont on ne peut sortir vivant !

(120 mois à vivre, peut-être ?)

Chapitre I

Le monarchiste.

François était à la chasse seul comme d'habitude avec Gamin son épagneul spécialiste des perdrix, perdreaux et tout gibier à poils. Après dix kilomètres de marche, il arriva près des marais dans le bois du Luc. Gamin ne s'était pas encore mis à l'arrêt et François avançait doucement. Il entendit du bruit dans les fourrés à environ 20 mètres. Sans s'étonner du silence de Gamin il épaula, attendit, et quand les fourrés s'agitèrent à nouveau, il tira. Le sanglier hurla "Ne tirez plus…." et se mit à pleurer. D'abord figé, l'idée de fuir ne venant jamais à la tête d'un Papet, il s'avança doucement, l'arme braquée, quoique non chargée. "Les pleurs d'une petite fille .. Qu'ai-je fais ?". Il bégaya "Où êtes vous ? Je ne vous veux pas de mal.". Seul le silence et Gamin lui répondirent. En effet il l'entendait japper doucement, lécher, jeter des petits cris bizarres. Il osa s'approcher plus près. A travers les buissons il aperçut comme de l'or mêlé à des fleurs. Quelques branches écartées, quelques pas et il faillit marcher sur une robe. Elle était couchée, évanouie, seul Gamin s'en occupait en léchant un visage d'une beauté telle que François s'agenouilla. Ce qu'il avait pris pour de l'or était le reflet du soleil dans des cheveux blonds. Il était ébloui, tellement qu'il ne pensait plus au coup de fusil. Doucement, la belle au bois dormant, bougea quelques doigts. Alors François se rappela tout. Affolé, il avança la main et chercha où elle était touchée. Il sut, quelques instants plus tard, que ce n'était qu'au cœur car quand ses yeux s'ouvrirent, le bleu du ciel lui parut tout gris. Elle se mit la main sur le visage. Alors il l'a pris dans ses bras costauds pour la sortir de ce trou un peu humide, et murmura " Etes vous blessée ?". "Non" dit une petite mélodie surnaturelle. "Mais j'ai eu peur, très peur".

Arrivé près du pont, il la coucha dans une cabane en bois, endroit qu'il connaissait bien pour y avoir souvent déjeuner les jours de pluie. Il lui essuya doucement le visage, les bras et n'osa pas en faire plus. Elle le remercia, et toute confuse s'excusa. Il l'a regarda stupéfait, et marmonna "C'est à moi de vous présenter mes excuses". "Non, Monsieur, c'est de ma faute. Je vous suivais pour essayer de ramasser votre gibier. " "Que faites-vous de mon chien ? Vous croyez qu'il ne serait pas arrivé avant vous ?". Elle sourit, se tourna vers Gamin qui sommeillait déjà ou faisait semblant. "Gamin ?" Il se leva immédiatement et se trémoussant, il se précipita pour lui lécher les mains. François Papet, de plus en plus hébété et éberlué, ne disait plus rien, mais il se rappela, tout d'un coup, le peu de gibier qu'il avait ramené de ses incursions dans ce coin du marais. Le rouge aux joues, elle le regarda et lui dit " Je peux vous indemniser ! ". "De quoi donc ?". "Du gibier que m'a rapporté Gamin, il est tellement gentil et je n'osais vous le rendre, j'avais peur de vous". Ce furent les joues de François qui prirent le teint cerise. "Peur de moi ? Et pourquoi, je vous prie ?" Dit-il en essayant d'affermir sa voix. Après quelques explications confuses d'où ressortaient, sans que François en saisisse vraiment toute la signification tellement les yeux qui lui causaient étaient bleus, différence de classe, seigneur, château, maisonnette, rebouteuse, et faim. Elle se tut et le regarda. Ce en fut trop pour François, qui se dressa d'un jet et sorti. Mais une main s'était accrochée à ses basques. Il se retourna et s'assit à côté d'elle. Ce fut le geste de trop. Il ne put résister, lui prit la main, la porta à ses lèvres, et stupéfait vit des larmes qui coulaient. Alors, sans paroles, il saisit le visage dans ses mains et embrassa Marie.

Le reste fut l'affaire d'Augustin, et, du père de François qui dut céder devant la droiture de son fils lui disant qu'il devait réparer, ne sachant même pas que Marie portait son Augustin. La tradition se perpétua dans la famille.

François partait souvent à Paris. Marie croyait que c'était pour ses affaires agricoles. Le petit manoir était entouré d'une quinzaine d'hectares et François y cultivait, seul, des céréales diverses. Loin de la fortune, la famille était une des plus aisées dans une région oubliée. L'habitude de cacher des activités clandestines a commencé avec François. La réalité était autre. Il faisait partie d'un groupe de royalistes se croyant investi, par Dieu, de protéger Louis-Philippe, la république menaçait ! L'opposition organisa un banquet. Son groupe, sachant que ce banquet était interdit, arriva pour intervenir. Mais la police parisienne les avaient précédés. La manifestation populaire fut instantanée et l'interdiction de ce banquet dégénéra en émeute lors de la révolution de 1848. François fut un des rares survivant de cette insurrection. Il faisait partie de ce groupe, représentant la Vendée, s'était caché chez un ami avec les cinq ou six survivants. Louis-Philippe abdiqua en faveur de son petit-fils, mais la République fut proclamée et un gouvernement provisoire formé de membres, les uns républicains (Arago, Lamartine), les autres à tendance socialiste (Louis Blanc). Il revint ruiné de par son voyage et son séjour à Paris dans son manoir non loin de la ville de Niort. Recherché par la police du gouvernement provisoire, la grossesse de Marie avait retardé sa fuite. Une fille l'aurait gêné, pensait-il, mais un garçon lui assurait une survivance "politique" et de petite noblesse provinciale. Ils se cachèrent avec Marie et Augustin chez la mère Caillaud, dont la petite maison, bien à l'écart de Cherveux, était évitée par le voisinage. En effet, sa réputation de rebouteuse, à moitié sorcière et manieuse d'aiguilles à tricoter, qui avait mis en colère le père de François, royaliste Papet lors de son vivant, était bien utile pour se camoufler des républicains. Jaùais; ils ne remirent les pieds au manoir que s'attribuèrent les républicains au nom de l'égalité et du partage des biens des "riches".

Le vingt sept février 1849 Augustin François, dans un grand cri, s'éjecta rapidement du ventre de Marie. François, les yeux exorbités, un peu par l'alcool de poire qu'il avait pris pour se calmer, se précipita dans la chambre, s'arrêta net au pas de la porte et les yeux vers le tapis, osa demander "Garçon ?". "Oui" éructa violemment la Caillaud, sage femme rebouteuse et mère de Marie de surcroît. La joie de François fut telle qu'il se précipita vers Marie Augustin. avait dérobé à sa mère le blond de sa chevelure et le bleu de son regard. François le serrait tellement fort que Marie, souriante mais un peu inquiète connaissant la force de son époux, lui repris tendrement et lui demanda de lui jurer que jamais Augustin ne s'occuperait de politique. Ce que fit François sous le regard railleur de la mère Caillaud.

François avait toujours vécu d'espoir et d'illusions. Et l'illusion continuait car il n'était nullement recherché. Les républicains avaient d'autres chats à fouetter que courir après un Papet peu connu dans Paris. Il dédaigna l'élection de Louis-Bonaparte. Il lui reprochait de s'être fait élire Président, grâce à son nom et ses écrits socialisants, à l'appui du parti de l'ordre groupant orléanistes, légitimistes et catholiques. La royauté l'emporta chez le chouan sur le catholicisme. Toujours pressé par l'obtention d'une notoriété, quelque qu'elle soit, sauf malhonnête, lorsqu'il apprit que l'assemblée voulait une restauration monarchique François remonta à Paris avec son ami Thibaud qui habitait La Carte non loin de chez la mère Caillaud.

Le groupe de vendéens se reforma. Arriva le coup d'état du 2 décembre. L'assemblée refusa au Président une révision de la constitution lui permettant d'être rééligible. Avec le concours de l'armée, il déclara l'assemblée dissoute et en fit arrêter les principaux chefs. Thibault s'absenta une heure, arguant la nécessité de voir un membre de sa famille, son frère ayant été capturé lors de l'émeute de 1848. Il se dirigea vers le siège du Gouvernement provisoire. L'entrevue fut rapide. Il obtint la libération de son frère échangeant un rendez-vous sur les boulevards. Après cette assemblée houleuse le groupe de François se promenait sur ces boulevards pour mettre au point entre eux, dissidents, quelque action dangereuse mais qui les rendraient célèbres, à les entendre. Thibault les rejoignit et se mêla à leurs discutions mais tout d'un coup s'arrêta pour une envie pressante. Les troupes fusillèrent les promeneurs sans se douter qu'elle faisait disparaître un peloton de royalistes dans une mort peu glorieuse puisqu'elle demeura inconnue, exception d'un Thibault, rare survivant qui parvint à le faire savoir à Marie avant de rejoindre La Carte avec son frère. Celle-ci resta seule avec sa tristesse et le souvenir d'un mari peu connu mais combien aimé. Alors Augustin s'éleva tout seul, fouillant, découvrant la richesse des marais poitevins et évitant l'école, ce qui arrangeait la mère Caillaud, près de ses sous. A l'âge de 17 ans, Augustin réussit à se faire embaucher scieur de long. Il ne se douta jamais qu'il sciait ses arbres chéris du marais tant aimés et qu'il se forgeait une force redoutable dans ses bras.

Il était une fois "Toutifaut".

Le marais vibrait du souffle léger et matinal d'une brise parfumée. Les lentilles s'ouvraient devant la proue de la barque d'Augustin et se refermaient immédiatement dans son sillage. Il aimait ces premières heures pendant lesquelles le marais poitevin s'éveillait. A gauche du grand canal, les vaches du voisin dégageaient une brume comme si elles voulaient s'emmitoufler. L'air était encore fraîche, comme on disait dans le pays, mais le soleil commençait à percer à travers les grands arbres. Il accosta doucement, comme pour ne pas réveiller les âmes curieuses comme des pies dont il sentait le regard léger dans son dos. Les comptines de sa grand-mère lui revenaient à l'esprit. Tous les morts du marais erraient pour y assurer la pérennité et la tranquillité de cet endroit privilégié, hors des guerres, des envies et des querelles de partage. Car le marais appartenait à tous ceux qui le respectaient, et gare aux destructeurs, aux voleurs de paix. Seuls les feux follets et les animaux régnaient en maître sur ces îles terrestres. Il était toujours là où son père l'avait trouvé. Il avait sûrement dépassé les soixante dix ans ! Grand, fier, robuste et plein de promesses, il paraissait l'attendre.

Le "HAN !" terrible, jaillissant d'une poitrine dénudée et musclée, stoppa net les chants des oiseaux et les grigris des insectes, fit s'envoler un pic vert si surpris que le poisson, heureux comme un gardon dans l'eau, tomba dans les lentilles y creusant un trou éphémère qui se referma lentement recréant le tapis vert éternel du canal. Il avait choisi ce chêne, quand même guidé par les conseils amicaux, pour ses belles branches droites et robustes, toutes prêtes pour une toiture. Quant au tronc, il comptait sur l'aide de ses cousins et amis pour en tirer de belles planches. Il n'aurait pas de problèmes puisqu'il était scieur de long, métier dont il était fier et qui gagnait bien son pain.

Augustin PAPET épousa le 17 juin 1872, lors d'une noce gigantesque qui devint le rituel de la famille, une jolie Marie, la soutirant ainsi à tous les gars de Cherveux. Ensuite il fallut trouver l'endroit où construire leur nid. Avec ses amis, il avait découvert une prairie, légèrement creuse mais en haut d'une butte à l'abri de tous regards indiscrets car entourée de ce qu'il allait transformer en haies. Tout l'entourage , ancêtres, cousins ,se gaussa. "Mais y a rien ici ? Il faut tout y faire, l'accès, tailler, couper les ronces, c'est loin du bourg. Il faut tout y faire pour arriver à vivre ici !". Augustin regarda Marie qui souriait sous le soleil agréable, dorant encore plus sa chevelure longue et blonde comme les blés. Il déclara "Ben, on va s'installer là puisque tout y faut pour y vivre...". La construction dura huit mois, tout le monde s'y mit et la maison basse avec les jolies petites fenêtres des huit pièces (petites, sauf la cuisine aussi grande que les autres sept chambres réunies) entourées de poutres du fameux chêne et surmontées d'un joli toit de chaume, s'appela Toutifaut, comme il se devait. C'est ainsi que naquit Toutifaut, lieu-dit à 25 kilomètres de Cherveux en Vendée.

Pourquoi sept pièces en plus de la cuisine ? Tout simplement parce que Augustin et Marie désiraient sept enfants, le chiffre sept étant leur porte-bonheur. La première fut Louise, car ils avaient décidé que si c'était une fille elle s'appellerait Louise, et un garçon, François comme le grand-père, tradition qui resta souvent aussi dans la famille.

Augustin tournait en rond dans la cuisine, louchant sur l'alcool de poire dans le buffet. Mais pour la première fois, un Papet n'y toucha pas. Il n'entendait rien dans la chambre. Ce silence le rassurait à moitié. " Elle ne souffre pas au moins… ". Il prit le temps d'aller jeter un coup d'œil dans la première des sept chambres. Tout était en ordre, le berceau, fait de ses mains, luisait comme si Stradivarius l'avait peaufiné lui-même. Une voix ! " François ? ". Il se précipita mais s'arrêta net en découvrant la mine de la sage femme. " Louise n'a pas survécu, mon pauvre François ". Il ne comprit pas tout de suite, pourtant il avait les sept chambres, le berceau était prêt. Il regarda autour de lui, ni mère, ni père, ni frères, ah s'il avait su combien les frères sont utiles ! Alors il osa et entra dans la chambre. Elle dormait, il l'embrassa les larmes plein les yeux. Elle ne l'apprit qu'à son réveil. Ne sachant quoi dire à ces yeux bleu pale, il lui promit de remplir les sept chambres ! "Nous ne les avons pas faites pour rien" dit-il, bêtement. Il ne croyait pas si bien dire.

[( Entre le 5 décembre 1875 et le 5 mars 1891, François et Marie besognèrent pour 8 enfants, dont 4 garçons) Le 5 décembre 1875 naquit un garçon, bien sur baptisé François (Père de Leone qui adopta Marinette qui fut la plus Papet de tous les Papet bien que venant d'ailleurs !). Ensuite vint le 21 mars 1877 Armand, père de Pierre (artiste homosexuel), Jeanne qui épousa un congolais, celui-ci réussit à sortir les deux filles de Jeanne de France pour revenir dans son pays natal. Jeanne dut faire intervenir des mercenaires (grâce à Claude et ses "amis" algériens qu'il put contacter suite à son séjour lors la guerre d'Algérie), et Gisèle qui se mariât à un officier dont la prétention semblait égaler la bêtise, ce qui se démentit plus tard. Après ce fut le tour de Clémentine, 19 décembre 1878 qui choisit, par intérêt un Eugène Boisselet qui ne vaut pas une ligne d'écriture ! . Enfin le 1er mai 1881 arriva Julien, le géniteur des Roger, Robert (père de Claude), Roland et Guy. Puis ce fut le tour d'une Aline, 23 juin 1883, dont la tentation de la noblesse ancestrale la conduisit au bras d'un Adelphin Thébault de la Carte, dont la noblesse n'était issue que de titres de papier. Léon arriva en 6ème position (8 en comptant la pauvre Louise) le 08 avril 1886, brave homme, combattant glorieux et ignoré de 14/18 qui épousa une petite, seiche et stérile Odette. Léon vécu le plus vieux malgré ses soucis familiaux, elle le maltraita jusque dans une maison de retraite et réussit à lui survivre quelques jours. La septième chambre fut occupée par Raymonde le 05 mars 1891 qui mourut de suite de couche à Toutifaut.] (Ce pour mémoire en préparation de la suite…).

[Suite………….. en cours]

(Cent ans après environ….)

Chapitre II

Annie, Robert et les autres.

Quand " Ce petit chemin, qui sentait bon la noisette " s'arrêta, que les flonflons s'effacèrent, Robert osa entraîner Annie en dehors de la piste où restèrent Roland, Roger et Guy ses frères, Françoise et Renée, la sœur et demi-sœur d'Annie. Personne ne s'aperçut de leur disparition. Robert tremblait légèrement, pourtant ce n'était pas la première fois qu'il embarquait une fille, mais Annie avait autre chose que les précédentes qu'il avait abordées. Blonde, fine, des yeux bleus à s'y noyer, une bouche d'un rose naturel entourée de lèvres légèrement humides et surtout une mollesse dans la démarche qui l'inquiétait. N'allait-il pas tomber encore sur une fille légère, sur celles qu'il avait rencontrées avec ses frères aînés sur les quais de La Rochelle, mais qu'il n'avait jamais osé entraîner sous leurs regards moqueurs !
  Dans les champs qui entouraient le village, à une centaine de mètres de l'orchestre, la musique devint, par miracle, tendre et lancinante. Ils jouent un tango, pensa-t-il regrettant quelques instants d'être parti. Le tango était sa danse favorite et justement il n'avait jamais rencontré une partenaire aussi douée, suivant chacun de ses gestes dans une entente parfaite, ne se laissant pas conduire mais anticipant son mouvement. Il sentit la main d'Annie devenir plus molle, comme si ce tango l'endormait. Il ne résista pas et le premier pas fut le plus facile. Sous leurs pieds, la terre glissait moins que la piste mais leur tango dans une nuit éclairée par des étoiles complices, fut leur plus beau tango. Malicieusement dans le noir, la meule de foin arrêta leur danse dans une chute aussi subite qu'imprévue. Ils restèrent étendu sur le dos contemplant les étoiles. Le temps ne comptait plus. Le miracle était là. Aucun d'eux ne sut qui fit le premier mouvement tellement la nuit était belle. Le moment unique et délicieux dura l'éternité.
Ce fut lui, neuf mois après, qui parla le premier, dans un hurlement de douleur à Nanterre. Annie et Robert ne s'étaient jamais revus seuls jusqu'au mariage, sauf en présence de leurs parents respectifs, le grand Assureur de la " Mondiale " de La Rochelle et le grand (par la taille) boulanger de Clavette. Ce mariage fut à la hauteur des ancestraux, avec bœufs gras et boulangerie fine et nombreuse. Trois cent personnes y banquetèrent car chaque famille s'était donnée le mot pour être la plus nombreuse. Les Papet gagnèrent d'une tête. Les Wittouck gagnèrent par la qualité des fameux gâteaux de Camille le boulanger, père d'Annie, belge ayant choisi la France par force en 1914, car boiteux suite à une frasque de gosse volant des pommes, et recevant un caillou sur le genou par le propriétaire du verger, il ne s'était pas fait soigner de peur de la colère paternelle. A cette époque où la der des der arrivait, les belges envoyaient leurs réformés en France. Pourquoi ? Allez savoir….
Robert et Annie ne restèrent pas longtemps à La Rochelle. Comme tout bon fils à l'époque, Robert suivit les traces de son père et s'engagea dans la police. Il fut muté à Paris. Ce furent les plus beaux jours de leurs vies avant qua la guerre n'éclate. Juste avant la naissance toute la famille Papet et, pour cause d'argent seulement le père, la mère et la sœur d'Annie, débarquèrent pour l'événement. La naissance eut lieu à l'hôpital le plus proche, car comme d'habitude Annie attendait toujours le dernier moment (ce qui devint héréditaire).
Robert, fou de joie, partit avec ses frères, courut à la Mairie de Nanterre. Mais elle était loin de l'hôpital et Roland de son 1 mètre 89 les entraîna, comme les quatre frères AYMOND, dans le premier bar venu. Robert ne se souvint pas de ce qu'il put boire ni combien de verres. Par contre, il eut toujours un vague souvenir de la tête du préposé aux déclarations des naissances, un petit gros tremblant devant ces quatre monstres, ivres d'alcools et de joie, lui hurlant : "  Alors, tu nous inscris ? ". Prenant sa plume d'une main tremblotante, il demanda le nom du père, de la mère, des parents puis le prénom de l'enfant. A ce moment là, Robert regarda Roland qui regarda Roger qui regarda le plus jeune Guy, mais Guy n'avait plus personne à regarder car ils n'étaient que quatre. Alors Guy regarda le préposé. Celui-ci vu les yeux troubles de Guy préféra s'adresser à ces 70 Kg plutôt qu'aux 300 à côtés qui, pliés sur le comptoir, hurlaient de rires."  Alors, le prénom de l'enfant ? . " Guy se redressa, c'était celui qui avait le moins bu, à 14 ans il s'était arrêté avant de tomber. Il regarda le fonctionnaire et se sentit investi de l'autorité familiale vu l'état de ses frères. Il demanda d'une voix trébuchante : "C'était une fille ou un garçon ? ." "Je n'étais pas à l'accouchement... " rétorqua le fonctionnaire dont l'agacement augmentait autant que la température. Roland redressant son 1 mètre 89 le prit par la cravate, heureusement aidée par la chemise et le costume, et le levant au-dessus du comptoir lui cria : "Alors à quoi tu sers ?" et le reposant doucement, hébété, regarda Roger qui regardait Robert, qui ne regardait, ébahi, que le plafond. Roger, le plus vieux des quatre avec ses 25 ans, éclata de rire et fichant un grand coup de poing dans le ventre de Robert, lui hurla : "Qu'est ce que tu as vu IVROGNE... ? ." Robert, avec un sourire d'illuminé "Vu quoi ?" "Eh ! Grand malin, entre les jambes ?". "Rien, mais que ses yeux étaient bleus...". Le fonctionnaire agacé, quoique peureux, demanda : "Mais enfin qu'est ce que j'inscris ?". Alors, brutalement tout s'arrêta, silences, regards interrogateurs, les frères s'accoudèrent, réfléchirent sauf Guy qui dormait, et dans un grand soupir les bouches s'ouvrirent. "On y retourne ?". "NON" cria Robert d'une voix balbutiante et hasardeuse, " Elle va me foutre dehors, et vous avez vu la main de son père ? C'est pas une main, c'est un battoir... ". Roger le plus mûr, prêt à tomber, eut un éclair de génie "Ben, comme on ne sait pas, dis nous comment tu t'appelles ?" s'adressant aux 50 Kg matinaux derrière la main courante. " Marchaux, Monsieur. ". " Mais Nom d'une pipe en bois, pas ton nom imbécile..., ton prénom ? ". "Claude !". " Bien, ça ira, cela peut aller à une fille comme à un garçon " décréta Roger. Roland secoua affirmativement son appendice, Guy dormait toujours et Robert répétait "Quel bleu !". C'était le 15 juin 1937. Le sort le plaça entre quatre ivrognes occasionnels pour être flanqué d'un prénom ambisexué, lui gémeaux de naissance. Et toute sa vie, il s'appela lui-même -Double face-.
Germaine BONNEAU, couturière de son état, avait épousé en juste noce Julien, un des sept enfants PAPET issus du lieu-dit Toutifaut dans les Deux-Sèvres près de NIORT. François PAPET, agriculteur avait eu 8 enfants mais une était morte en couche. Julien était le père de Robert. Armand, le plus riche, d'abord gendarme à Niort avait fini dans l'Assurance. A ses 90 ans, il avait demandé à ce que soit mis devant le 11 Boulevard de Paris, quand il aurait 100 ans, un tonneau auquel tous les passants pourraient tirer un verre. Il est parti à 99 ans, sa cave est restée telle quelle jusqu'à 1955, époque où la descendance a commencé à débarquer. Léon le plus pauvre, ancien de 14/18 comme ses frères avait fait carrière comme ouvrier agricole, jamais médaillé malgré ses faits d'armes dus à son innocence et bravoure, car oublié dans son marais poitevin. Il n'avait jamais eu de descendance, l'exception des hommes Papet. Julien avait commencé comme scieur de long (tradition ancestrale) dans les marais poitevins avant d'émigrer à La Rochelle où, comme son frère, il avait débuté dans la police et fini dans l'Assurance comme Armand. Leone, une des sœurs, était restée célibataire. Avec méthode, courage et énormément de modestie alliée de gentillesse, elle avait réussi à devenir institutrice en passant par l'école Normale, ce qui à l'époque était un gage d'intelligence supérieure. Cette qualité lui a valu, de la part de Germaine la couturière parvenue, de devenir la cendrillon de la famille.
Germaine, la grand-mère maternelle, était ce que l'on appelle une forte femme. Au 16 rue des Saintes-Claires à la Rochelle, elle régentait tout. De la cave à la salle à manger. Ces repas étaient fabuleux car excellente cuisinière.
Un dimanche Julien demanda à l'un de ses fils d'aller chercher une bouteille à la cave. C'était une vraie cave rochelaise, avec des colonnes la maison ayant été construite sur un genre de cloître. C'était Robert qui descendait le plus souvent. Claude avait le droit de l'accompagner, honneur unique car c'était un sanctuaire avec de belles bouteilles alignées respectueusement, de vieux coffres mystérieux dont l'intérieur inaccessible l'attirait, mais toujours fermés à clef. Son père attrapa la bouteille, le château recommandé par Julien et remonta en sifflotant, secouant gaillardement la bouteille à la main. Avant d'arriver dans la salle à manger, il la prit délicatement dans ses bras comme un bébé et la remit à son père. Celui-ci la déposa dans un merveilleux engin d'argent en forme de bouteille allongée, raconta l'histoire du vin offert, le décanta délicatement dans une très belle carafe en vermeil, et le dégusta religieusement sous nos regards attentifs et inquiets. Puis, après que tout le monde l'eut goutté, il décréta " Voici un vin que vous n'aurez pas souvent l'occasion de boire, regardez sa couleur, comme il est gouleyant, léger en cuisse mais dur en bouche...  ". Des termes qui échappaient mais émerveillaient. " Tu l'as remonté doucement ? ". " Bien sûr, comme d'habitude... . " disait Robert.
Une nuit, Julien dormait comme un coupeur de bois. Germaine le secoua. " Julien... Julien... " " Oui. Qu'y a-t-il ? ". " Ecoute... ". Il se leva, ouvrit doucement les volets et hurla :  " Aux voleurs... ". puis descendit à toute vitesse et constata que le soupirail par lequel on déversait le charbon était grand ouvert. Comptant ses bouteilles adorées, il fit le douloureux constat qu'il en manquait douze, et pas des plus mauvaises. Tous eurent droit, le lendemain, à la narration de la plainte à la police, dont il avait fait partie, puis au cours du repas de la mésaventure, la catastrophe dont il avait été victime. Les quatre fils écoutant religieusement, se donnant des coups de pieds sous la table afin d'empêcher l'autre de rire. Car bien sûr, c'étaient eux les cambrioleurs, ils avaient fait exprès de fracturer le soupirail pour égarer les pistes. Ils avaient fêter la veille, les fiançailles (avant l'heure) des futures femmes de Roger et Roland...
Mais la guerre est arrivée. Annie et Robert toujours à Nanterre attendaient leur deuxième enfant. Robert était policier. 1941, 1942 avec son cortège dramatique nazi le confinait dans une double rôle, celui de policier obéissant et celui du rochelais toujours un peu pirate. Combien de fois Annie, ne le vit-il pas revenir la mine triste, l'œil humide. A force de questions, il cédait. " J'ai encore trahi mon uniforme, que veux-tu..... Je devrais les ramener au poste, ces clochards, ces ivrognes, impossible. Je les emmène en lieu sûr, leur fait la leçon, je ne suis pas fait pour être policier. ". Mais il cachait le principal à Annie, soit ses liens avec la résistance. Le genre humain empirait tous les jours avec la collaboration, l'antisémitisme, la Gestapo et son corollaire, la milice.

La naissance arriva. Robert se retrouva seul. Il n'avait plus de nouvelles de ses frères. L'accouchement se passa fort bien et une fois encore, il péta les plombs. Fou de joie à la vue de ce deuxième garçon, il courut à la Mairie. En route, une image lui coupa la vue. Ses frères auxquels il ne pouvait confier sa joie. Pour se remettre il s'arrêta au premier café venu. Et tout recommença. De café ne café, il arriva à la Mairie juste avant la fermeture. Mais à la différence de la première fois, sans Roger, Roland et Guy, il n'avait pu se contrôler, ni même envie. Alors le préposé se trouva devant un dilemme. " Noms du père, de la mère, des parents ? ". Tout cela est sorti facilement d'une voix avinée, mais à la question " Prénom de l'enfant ? ". Le trou, il se revit cinq années plus tôt et demanda au fonctionnaire comment il s'appelait. " Michel TROPARD, Monsieur ". " Au poil, çà marche encore, Michelle ou Michel c'est pareil ? OK, appelez ce qu'a fait ma femme - Michel - sans le à la fin, car je crois me rappeler qu'il y avait quelque chose cette fois-ci, hic... ". Et voilà comment deux frères se sont retrouvés avec des prénoms ambigus durs à porter. Michel étant né à Puteaux fut un putéolien, Claude étant un nanterrais. Puteaux commença à subir les bombardements des allemands, et, des anglais sur les usines Renaud. Annie et ses deux enfants firent des allers et retours incessants de l'appartement à la cave. Ne pouvant plus tenir à Paris, sa conscience et ce qu'il voyait risquant de l'emmener trop loin avec son statut de policier, Robert démissionna et décida de revenir à La Rochelle.
Roger s'évada trois fois, il fut toujours repris et revint à la fin de la guerre. Fin 1943, Julien entendit du bruit une nuit. Ancien de Verdun il n'avait pas peur, mais Germaine auprès de lui, tremblait de voir débarquer la police allemande, car ils étaient sans nouvelles de Roland et de Guy. Julien se décida à descendre avec son vieux fusil, en cas. Quelqu'un avait passé le mur et il apercevait la silhouette dans le jardin. Pointant son arme vers l'inconnu, il murmura " Haut les mains, sinon je tire ". " Papa, c'est moi...  " murmura une grosse voix. Alors une muraille s'avança vers Julien et se jeta dans ses bras, avec un bruit de casseroles tintantes... C'était tout simplement Roland qui avait quitté son régiment en déroute et avait traversé toute la France en deux mois, d'Amiens à La Rochelle avec tout son matériel. L'engueulade de Julien faillit réveiller le quartier. " Tu aurais pu te faire prendre mille fois... Traverser La Rochelle et arriver ici, t'as pensé à ta mère... , etc. ". " Dis papa, tu leur aurais laissé ton flingue, toi ? ". L'embrassade ne fut pas à la hauteur de la fin de la nuit dans la cave, où Roland osa raconter sous l'emprise de l'alcool et de la joie, que c'était eux qui avaient cambriolé la cave, et pourquoi. Julien n'eut qu'une simple phrase. " Il en reste assez pour attendre tes frères, finissons celle-là. ".

Chapitre III

Annie et ses enfants ne surent jamais comment ils arrivèrent rue Tessereau à La Rochelle. La plus belle jeunesse de Claude se passa dans cette ville survolée par l’époque de Richelieu, avec la Tour des quatre sergents, la promenade du mail et son casino, sa plage, ses digues et son phare, son parc Mazon et ses ruisseaux remplis de têtards, ses remparts, ses canaux, le port de pêche, tout pour un jeune fou, sportif et déjà amoureux de toutes ses cousines. Au début Robert travaillait avec une vieille camionnette à la marée, puis à son compte mais Annie et Claude ne surent jamais ce qu’il faisait exactement. Claude avec ses sept ans faisant l’admiration de ses parents et de ses oncles. Roger déjà marié avec une belle Paule, avait une fille magnifique, Colette, née 15 jours après Claude. Roland, bel homme de 23 ans, courait le guilledou, jouait dans les casinos, vivait de bric et de broc. Guy, magnifique jeune homme fin et musclé était l’idole de Claude, surtout quand il descendait les marches de la grande plage sur les mains, et même en sautant, marche par marche sur ses deux mains. Toutes les filles tournaient autour de lui. Il accordait peu de temps à son neveu, trop pris par ses conquêtes.

Quand les quatre frères se retrouvaient sous la Grande Horloge ou rue du Palais, tout le monde s’écartait. Toujours tirés à quatre épingle, se tenant par les bras, rigolards, souvent un peu éméchés vers le soir, le trottoir s’effaçait devant eux. Si Alain Verneuil les avait connus, ils auraient pu remplacer Paul Frankeur (Le père de Claude), Lino Ventura (Roger), Jean-Paul Belmondo (Guy) et avec son nez déjà important et cassé (Yves Montand) Roland. Ce n’était pas le clan des siciliens, mais le clan Papet, et quand Julien, le père (véritable Jean Gabin) daignait les accompagner, surtout au Casino, sous son chapeau de paille tous les rochelais les saluaient. L’argent ne leur manquait pas à l’époque. Julien ne savait leur refuser, et quand il le faisait, l’un des frères lui empruntait dans son bureau d’assureur, connaissant la combinaison du coffre. Suivant les gains ou pertes du Casino, l’on remettait l’argent ou empruntait à un ami pour vite remettre le coffre-fort à jour, car Germaine comptait. Le plus beau souvenir de cette époque qui a toujours été dans le subconscient de Claude, c’est quand il était autorisé, le dimanche après-midi, à les accompagner au Casino. Germaine et Julien assis à la meilleure table, près de l’orchestre, Roger et sa jolie femme et surtout Robert et la blonde Annie tenant Michel dans ses bras les entouraient. Roland et Guy chassaient, avec succès les plus jolies filles et quand les quatre fils dansaient, la piste se vidait presque tellement c’était gigantesque. Roger manœuvrait majestueusement Paule, Roland balayait de ses bras gigantesques les chapeaux des voisins serrant de près la jolie fille qu’il savait toujours dégoter. Guy serrait très fort toujours une brunette, c’est ce qu’il préférait. Claude regardait sa mère et son père, les plus beaux danseurs de La Rochelle, du monde même. Si beaux que Germaine serrant la main de son mari, lui toujours la pipe à la bouche, ne pouvait s’empêcher de les montrer sans arrêt du doigt. Ce n’était pas la peine. Souvent des jeunes gens se levaient pour tenter de prendre leurs cavalières, sauf pour Roland car personne ne s’approchait de lui, mais Robert, toujours le cœur sur la main laissait Annie s’envoler dans les bras d’un inconnu. Mais cela ne durait pas longtemps, Roland lâchait sa proie et arrachait Annie d’un type éberlué et après quelques tours de valse la rendait à Robert dès que Julien demandait un tango. Car il savait, le vieux, que ce couple ne résistait jamais à un tango. Il aimait Annie, mais Germaine le secouait " Julien, regarde... , elle rend Robert jaloux, un jour il la regrettera, méfie-toi d’elle, etc. ". Robert n’était pas jaloux, mais fier de voir sa femme danser, même si c’était moins bien qu’avec lui. Il ne pensait qu’à son bonheur. Ses vingt cinq ans le mettait à l’abri de toute mauvaise pensée. Le soir, un peu avant 20 heures, Germaine donnait le signal du départ mais seul Julien se levait malgré ses tentatives d’emmener ses fils et brus. Les quatre frères restaient. Annie ramenait ses deux lardons rue Tessereau, sachant consoler Claude de partir avec une glace digne d’un italien et laissant son mari aux bons soins d’un Roger en qui elle avait une confiance absolue. Tard, dans la nuit, Claude entendait les marches de l’escalier grincer, un pas hésitant. Puis deux légères voix derrière le fin mur de ma chambre discutaient et quelques fois, changeaient de ton, s’adoucissant des bruits mystérieux d’une lutte familiale qui l’inquiétait. Tellement qu’un soir n’y tenant plus, ayant peur d’une dispute, il se leva et ouvrit doucement la porte de leur chambre. Il ne vit qu’un dos féminin, qu'il ne reconnut pas, et deux bras qui caressaient tendrement des cheveux plus blonds que le soleil. Il se recoucha, pensif et honteux, ne se souciant pas cette fois-là de la chaleur liquide qui chauffait la jambe. Michel lui pissait encore dessus !

Guy était un grand sportif que Claude avait toujours admiré. Sur la plage de La Rochelle, juste avant le grand conflit, il voyait son oncle descendre les marches menant au sable sur les mains. Guy avait tous les brevets sportifs que Claude connaissait, nage, saut, tir, course etc. Des coupes gagnées dans les meetings du Stade rochelais remplissaient la chambre de Guy. Guy était beau, jeune, adoré des femmes.

Il fut tué à la fin de la guerre, sur les toits, quand De Gaulle arriva à Paris. Après s'être planqué quinze jours, avant l'arrivée de la 2ème DB de Leclec, il avait repris ses armes bien cachées pour continuer sa mission. Avec succès il arriva à tuer vingt de ses adversaires. Le combat était rude. L'ennemi était de plus en plus nombreux et avec son groupe, il était recherché dans tout Paris. Il résista plusieurs mois et lorsque De Gaulle arriva, le reste de son groupe, dont il avait pris le commandement décida d'en finir avec ceux qui le traquaient sans arrêt. Ils sortirent sur les toits devant Notre-Dame. La foule s'agglutinait autour du Général, les rues étaient noirs de monde. Roger et Roland étaient de la fête, cela Guy l'ignorait. Se cachant de cheminées en cheminées ils avançaient l'arme au poing. Soudain, la mitraillade éclata et il s'en sortit de justesse. Il fallait en finir avec ces cloportes, et il compta ses hommes. Ils n'étaient plus que six. Sous eux la foule était couché, sauf De Gaulle debout, droit comme sa future stèle. Certains tiraient vers les toits, ne voyant rien mais leurs rafales sifflaient aux oreilles de Guy comme des guêpes attirées par le vinaigre. Il aperçut un fuyard sauter d'un toit à l'autre. Il se leva, l'ajusta mais hésita, pour une fois à tirer. Il ne sut jamais pourquoi il eut cette hésitation car la balle l'atteint en pleine poitrine. Il s'agenouilla, son passé jaillit et en éclair il se revit avec la brunette danser au Casino de La Rochelle, de sa médaille des championnats de Charente Inférieure du cent mètres, des filles de la plage, eut une pensée pour Claude qu'il avait négligé et pour ses frères qu'il n'avait pu revoir depuis le début des hostilités. Il glissa doucement. Ses mains s'écorchèrent sur le mur de l'immeuble et pendant cette chute, longue comme une vie, il murmura "Mais qu'est ce que je fais là ? Que s'est il passé ? ". Son corps s'écrasa lourdement, les gens se précipitèrent et parmi eux Roland. Il ne vit que l'uniforme que portait Guy, celui des miliciens. La tête tourna et les 1 mètres 89 de Roland vacillèrent. Deux bras le retenir, il fallait que ce soit un costaud. C'était son frère Roger qui l'avait suivi et qui, repoussant l'aide offerte, emmena son frère évanoui, laissant l'autre aux autorités ! Après lui avoir fait avaler un tord boyau de sa composition, il le ramena à La Rochelle. Il n'osa rien dire à son père, Julien, héros de 14/18. Julien l'apprit par une lettre du représentant du Gouvernement provisoire et jamais il ne l'avouât à Germaine.

Julien, Croix Militaire de 1914 pour faits d’armes ne supporta jamais cette fin de Guy, qu’il cacha à tout le monde croyant que personne n'était au courant. Seuls Roger et Roland le savaient et en aucun temps ils n'en parlèrent à qui que ce soit, même pas à leurs épouses plus tard. Guy fut enterré à La Rochelle et son père Julien le rejoignit en 1950, rongé par un mal dû, le dit-on maintenant, à la trahison de son fils.

Du premier jour de printemps au dernier, tous les soirs Claude s’évadait de la maison pour courir à la plage. Toujours seul il rodait partout, buvait à la fontaine miraculeuse qui sortait d’un rocher, se promenait devant le restaurant du Parc, vêtu d’un slip de bain minimum et espérant les regards sur son jeune corps déjà bien musclé et se sentait beau.

Un bel après-midi d’été, toute la famille y alla à cette plage. Claude était heureux car son cousin Jean-François était enfin en vacances. A eux deux, ils se croyaient tout permis comme tous les jeunes de leurs âges, mais avec un petit plus de vivacité car, déjà, Claude sentait que la vie passait trop vite. En remontant de la plage du Casino, le long du mail, la famille étant déjà rentrée, ils sonnèrent à toutes les portes, l’un suivant l’autre, l’autre précédant l’un. Arrivant devant chez eux, Claude avança la main vers la poignée. Il n’eut pas le temps. Une poigne vigoureuse le leva à plusieurs centimètres du sol. Tournant difficilement la tête vers la droite, il eut la surprise de voir celle de Jean-François à sa hauteur. La main les lâcha brutalement et appuya sur la sonnette. Evidemment quand Annie ouvrit la porte, les gamins sentirent leurs douleurs car sa main partit en direction de leurs joues, même avant que l’homme ouvrit la bouche. Il se tut, la regarda, vit qu’elle avait compris. Les cousins aperçurent comme un sourire fleurir sur la face de leur tortionnaire, il leur jeta un coup d'œil et un " Merci les petits, grâce à vos coups de sonnette, j’ai vu mon plus joli visage de la journée. ". Gênée, et rouge de plaisir sûrement, Annie jeta les deux gosses dans le couloir, salua en les excusant de ce qu’ils avaient fait, ne le sachant pas elle-même et claqua, comme une habitude, vite la porte entre le présent et un avenir qu’elle redoutait et enviait à la fois.

Un soir, Claude et Michel sont couchés, Annie attend Robert parti elle ne sait où. On frappe à la porte. Elle se trouve face aux allemands lui apportant des papiers pour que Robert parte au STO (Service du Travail Obligatoire en Allemagne). Robert rentre un peu plus tard. Il trouve une camionnette et tous partent le soir même chez Roland qui est discrètement à Tarbes.

 

.Chapitre IV

"Un éclair éblouissant lui vrilla la tête. Puis il retrouva enfin le sommeil !"

Roland, toujours aussi important, autant par sa carrure que par ses ambitions dictées souvent par ses nombreuses femmes, habitait une grande maison, près de l'Adour. Jean-François, son fils, et Claude y passèrent deux ans particulièrement merveilleux car, libres comme l'air, ils surent profiter de chaque instant pour découvrir la vie.

Robert, sollicité par ses frères, travailla à la poissonnerie de L'océan, dont il apprit trop tard qu'il n'en était que l'employé, Roger en étant le créateur et Roland le gérant. Mais Robert, à qui la gentillesse lui fermait les yeux, ne pensa qu'à travailler ne voyant pas que ses frères se remplissaient les poches, Roger par cupidité, Roland par ses largesses féminines. On l'appelait Barbe-Bleue car il en était à sa septième compagne, depuis que son unique et grand amour Dède l'avait quitté brutalement le laissant seul avec ses deux enfants , Jean-François et Martine.

Annie et Robert emménagèrent au rez de chaussée d'un petit immeuble, rue Clarac . Pour la joie de Claude, la fenêtre de la salle à manger donnait directement sur la rue, et l'immeuble de 6 étages avait un ascenseur qui menait à une terrasse d'où partirent les plus grosses boules de neige, en particulier sur la têtes des gendarmes qui passaient en vélo dans la rue. D'où des poursuites mémorables entre gendarmes et voleurs de neige.

Du haut de ses 14 ans, Claude s'était fait deux copains, faux jumeaux mais vrais amis, Charles et Jacques qui habitaient quelques à quelques maisons de chez lui. Un sifflement de ralliement leurs signifiaient les retrouvailles pour de belles aventures. (suite en travaux).

Chapitre V

"La lumière, inconnue, revint comme la foudre. Ses yeux ne purent s’ouvrir, il n’eut même pas la force de soulever les paupières, il préféra retourner dans ses pensées !"

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